Puisque j’aime tant l’Angleterre et les mœurs anglaises, vous devez vous demander pourquoi j’étais en route vers les Hespérides.

C’est très simple : juste une question d’argent.

Pour un garçon qui veut faire son chemin, l’Europe n’est guère l’endroit où chercher la fortune. Ni même la gloire. Elle a été affaiblie, brisée même, par six siècles de malheurs. Un homme doit se tourner vers d’autres rivages. Vers l’Afrique, peut-être. Ou les Hespérides.

J’ai choisi le monde occidental. Je le dis ici non sans quelque emphase, voilà ce que signifient pour moi les Hespérides : l’Ouest. Deux grosses masses au milieu de l’Océan, entre l’Europe et les Indes, les Hautes-Hespérides, les Basses-Hespérides, et ce maigre serpentin qu’on appelle les Hespérides Centrales. Les gens du pays ont, bien sûr, leurs noms particuliers pour ces continents. Mais un Anglais qui appelle Roma « Rome » et Firenze « Florence » ne va pas s’embarrasser de mots impossibles, en nahuatl ou en quechua, alors qu’il dispose pour les terres de l’Ouest d’un nom aussi ravissant que « les Hespérides ».

N’allez pas vous figurer, pourtant, que seules des raisons abstraites me poussaient vers l’Ouest. Ma famille était ruinée. Mon père, qui atteint les deux mètres, et dans un monde meilleur serait roi pour le moins, s’était risqué à prospecter une mine de charbon des Midlands. Les nouvelles usines de notre pays tardivement industrialisé montraient pour le charbon un appétit monstrueux et tout homme qui s’offrait à nourrir ces hauts fourneaux voraces était certain de s’enrichir. Tout homme, à l’exception de mon père qu’Allah – c’était visible – avait marqué de son signe. Ce ne pouvait arriver qu’à lui de creuser le premier puits droit au-dessus d’une rivière souterraine. La mine inondée, six ouvriers noyés, une prairie transformée en marécage, le scandale et les tourments d’une poursuite judiciaire : voilà ce que fut son aventure.



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