Après ça, notre entente fut parfaite.

L’un d’eux sortit une bouteille d’un alcool aztèque, cette liqueur ardente à base de jus de cactus fermenté. Avec un large sourire il me tendit le flacon.

Je ne raffole pas des boissons fortes. Les raisons qui m’y font toucher sont purement politiques ; je veux dire par là que, la religion des Turcs leur interdisant tout alcool, quiconque ne peut souffrir les Turcs prendra plaisir à en boire un verre. Il peut aussi m’arriver de boire par souci de courtoisie : lorsqu’un étranger me tend en souriant une bouteille, un étranger qui doit, pendant plusieurs semaines, partager avec moi une petite cabine, je ne saurais refuser son offre. Pourtant je ne recherche pas les vertiges de l’ivresse. Il est déjà très difficile d’aller droit son chemin dans la vie. Rien de tel que l’alcool pour vous faire trébucher.

Mais il y a les cas exceptionnels, quand politique ou politesse obligent. Donc, cette fois-là, je pris la bouteille, la portai à mes lèvres, et renversant la tête en arrière avalai juste assez d’alcool pour ne pas vexer mon compagnon. Je fis claquer ma langue en connaisseur et lui rendis son bien. Les trois Peaux-Rouges manifestèrent leur contentement en frappant du pied le sol de la cabine. Un moment plus tard, l’un d’eux sortait un couteau. Je me demandai comment j’avais pu l’offenser tout en me préparant à vendre chèrement ma vie.

Mais il ne songeait nullement à se battre. Il repoussa du pied le tapis de paille couvrant le sol de la cabine et traça d’un geste rapide une carte acceptable des Hautes-Hespérides. Puis le couteau creusa un X dans le plancher, à cinq centimètres environ au-dessus de la péninsule qui s’avance à l’extrémité sud-est du continent.



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