Sur les flancs du navire ils avaient peint les images, aux couleurs crues et trop brillantes, de leurs affreuses divinités. On voyait là l’horrible Huitzilopochtli à tête de crocodile, Xipe Totec, le Dieu Écorché, et Quetzalcoatl, le Serpent à Plumes. Près de l’étrave, la déesse-mère, Coatlicue, étalait son corps hideux. Elle est pour les Aztèques à peu près ce qu’est la Vierge Marie pour nous autres chrétiens, néanmoins j’ai peine à croire qu’ils puissent éprouver de la tendresse pour cette figure de cauchemar. Mais après tout, ces gars du Mexique sont bien libres de choisir les dieux qu’ils veulent honorer.

LeXochitl était sur le point d’appareiller. Tout un déploiement de toile flottait dans la brise et, bien entendu, la même collection de monstruosités sacrées se retrouvait sur les voiles peintes. Je savais que ces horreurs à la mâchoire carnassière étaient chargées de nous protéger pendant notre long voyage mais je n’en éprouvais qu’un maigre réconfort. Je passai sur mon épaule la courroie de mon havresac et me joignis à ceux qui embarquaient.

Mes compagnons de voyage étaient pour la plupart de riches Aztèques rentrant chez eux après avoir visité notre pittoresque Europe. Ils portaient leurs atours habituels, capes de plumes, bandeaux étincelants ornés de plumes eux aussi, pierres précieuses aux oreilles et aux narines, anneaux d’or aux poignets et chevilles. Il fut un temps où les Aztèques s’en tenaient comme tout le monde aux simples vêtements de l’époque, mais depuis que le Mexique est devenu une puissance mondiale, ils ont cherché à renouer avec nombre de leurs traditions, à l’exclusion toutefois des sacrifices humains. Et aujourd’hui ils se pavanent comme pour une mascarade, dans le riche accoutrement de leurs ancêtres sanguinaires.



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